Journal à l'humeur qui fait des vagues, comme l'océan et ses marées...
En farfouillant sur le net, j'ai découvert cet article fort intéressant!
Bien sûr il en fera chier plus d'un ou d'une, sur les écrans de 15 ou 17
pouces, plus c'est long, moins c'est bon!
C'est là tout l'érotisme confisqué d'une soirée avec son PC(ou son MAC)!
Mais enfin, j'espère qu'il y en aura quelques uns (au moins un? ou zune!)
pour perdre un peu de son temps à tout lire jusqu'au bout!
A la fin, ô miracle, il se retrouvera un peu moins sot qu'avant!!!
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Suite au au scandaleux reportage de France 2 où une mère et son enfant
atteint de mucovicidose ont été mis face à des faucheurs volontaires d’OGM
pour "un débat" ce lundi soir, voici le rapport du Dr. C. VELOT remis à
Monsieur Pierre-Joël BONTE, Président du Conseil Régional d’Auvergne.
- Faites circluler l’ info, ne comptez pas sur France 2 !
Projet MERISTEM THERAPEUTICS
Rapport du Dr. C. VELOT
18 mars 2005
Dr. Christian Vélot,
Maître de Conférences, Génétique Moléculaire
Université Paris-Sud XI
Institut de Génétique et Microbiologie
Centre Scientifique d’Orsay - Bât. 360
91405 ORSAY Cedex
Tél. : 01 69 15 82 95
Courriel : christian.velot@igmors.u-psud.fr.
A Monsieur Pierre-Joël BONTE,
Président du Conseil Régional d’Auvergne
Objet : Rapport sur le projet de la Société MERISTEM THERAPEUTICS : culture
en plein champ d’un maïs transgénique produisant la lipase gastrique de
chien destinée à soulager les enfants atteints de mucoviscidose.
La société Meristem Therapeutics a fabriqué un maïs transgénique produisant
une lipase gastrique de chien destinée à soulager les désordres digestifs
des enfants atteints de mucoviscidose. L’utilisation de la transgenèse pour
la production d’une telle enzyme, même s’il ne s’agit là que d’un traitement
de soulagement et non d’un traitement curatif, offre beaucoup d’espoir pour
ces enfants et leur famille, et peut, de ce fait, être considérée comme une
réponse à une attente de la société.
Ce rapport s’articule en deux grandes parties : la première concernant les
alternatives, et la seconde concernant les risques de dissémination.
A. Alternatives
Mersitem Therapeutics propose, pour produire cette lipase gastrique, de
cultiver le maïs transgénique en question en plein champ. Or, conformément
au rapport des « quatre sages » sur les essais d’OGM (Documentation
française, 2003), « l’expérimentation de plantes génétiquement modifiées non
alimentaires (par exemple les OGM médicaments) n’est justifiée que si la
production des mêmes molécules utiles ne peut être obtenue en milieu confiné
(notamment en laboratoire)... »
Depuis plus de vingt ans, la production de protéines d’intérêt
pharmaceutique par transgenèse est pratiquée en laboratoire en utilisant
essentiellement des micro-organismes (bactéries et levures de boulangerie)
en fermenteurs. C’est le cas notamment de la production d’insuline,
d’hormone de croissance, des facteurs VIII et IX de coagulation, du vaccin
contre l’hépatite B, etc... Alors pourquoi avoir recours aujourd’hui à des
plantes pour la production de telles protéines ? Le principal argument
avancé est le suivant.
Le secret de fabrication des protéines est contenu dans les gènes. Le
langage génétique étant universel, tout organisme est capable de “traduire”
un gène qui ne lui appartient pas et de fabriquer ainsi la protéine
correspondante (c’est le principe de la transgenèse). Cependant, un grand
nombre de protéines, en particulier celles des organismes dits “supérieurs”
comme les humains, ont besoin pour être fonctionnelles, de subir, juste
après avoir été fabriquées, des modifications chimiques telles que, par
exemple, l’ajout de sucres (on parle alors de glycosylation). Les
microorganismes ne sachant pas toujours faire ces modifications, la protéine
étrangère qu’on leurs demande de fabriquer n’est alors pas “finie”. Le fait
est que très souvent, les plantes sont capables de réaliser la glycosylation
ou toute autre modification dite “post-traductionnelle”, et nous sont donc
présentées comme une excellente alternative aux organismes transgéniques
utilisés jusqu’alors comme usines de production de protéines d’intérêt
pharmaceutique. Qu’en est-il exactement ?
Premièrement, il faut savoir que dans un certain nombre de cas, la levure de
boulangerie est parfaitement capable de réaliser ces modifications, et donc
de fabriquer directement des protéines opérationnelles. Disposant du gène de
la lipase gastrique de chien, tout biologiste moléculaire travaillant sur la
levure (et c’est mon cas) est capable en quelques semaines de fabriquer la
levure transgénique produisant cette lipase gastrique. A t-on essayé de
produire la lipase gastrique dans la levure ? Non.
Deuxièmement, il existe d’autres cellules que les microorganismes permettant
de produire en culture (et donc toujours en espace confiné) et à grande
échelle des protéines d’intérêt pharmaceutique. Ce sont par exemple les
cellules d’insectes et les cellules d’ovaires de hamster (à partir
desquelles on produit également le vaccin contre l’hépatite B par exemple),
qui bien évidemment, sont beaucoup plus proches de nos propres cellules et
ont donc beaucoup plus de chances de pouvoir réaliser les modifications
post-traductionnelles requises par nos protéines. A t-on essayé de produire
la lipase gastrique dans de telles cellules ? Non.
Troisièmement, ces modifications peuvent également être réalisées in vitro,
après avoir extrait et purifié la protéine “non finie” des cellules
transgéniques utilisées. Par exemple, l’insuline humaine produite par
transgenèse dans la bactérie depuis 1981, n’est pas fonctionnelle à la
sortie du micro-organisme et doit subir des modifications in vitro avant
d’être administrée aux diabétiques insulino-dépendants. Certes, ces
modifications conduisent à plus de 50% de perte et ont un coût. Ce “surcoût”
engendré par l’incapacité du micro-organisme à finir le travail serait
discriminatoire et le placerait hors compétition vis-à-vis de la plante.
Mais rien n’est moins sûr... La société MERISTEM nous dit qu’il faut un
hectare de son maïs transgénique pour produire la quantité de lipase
gastrique nécessaire au traitement de 10 enfants (et qu’il faudrait donc à
terme cultiver de l’ordre de 1000 hectares de ce maïs pour assurer la
production nécessaire au traitement de l’ensemble des enfants atteints de
mucoviscidose en France). En clair, cela signifie que le taux de production
de lipase par pied de maïs est ridicule, et donc que le coût de purification
de cette enzyme sera extrêmement élevé (il faudra purifier une protéine peu
abondante à partir du mélange protéique très riche d’un organisme
pluricellulaire complexe qu’est le maïs). En revanche, il est extrêmement
facile de faire produire à une bactérie ou à la levure de boulangerie
(organismes unicellulaires) des quantités très abondantes de cette lipase.
Le coût des éventuelles modifications post-traductionnelles in vitro
nécessaires serait alors largement compensé par l’économie faite sur la
purification qui serait alors extrêmement simplifiée et conduirait à de très
hauts rendements.
Quatrièmement, quand bien même le végétal constituerait, d’un point de vue
tant biotechnologique qu’économique, le moyen idéal pour produire une
protéine d’intérêt pharmaceutique, défiant toute concurrence de la part des
microorganismes et autres systèmes cellulaires utilisés jusqu’alors en
laboratoire, l’utilisation de la plante entière ne se justifie absolument
pas pour autant. Il est tout à fait possible, à partir d’un morceau de
plante (par exemple un morceau de racine) de régénérer une plante entière,
mais également de multiplier les racines en culture, ou encore de faire en
sorte que les cellules de racines se dissocient et se multiplient
individuellement, offrant là encore la possibilité de les entretenir à
grande échelle en culture. Ainsi, à partir d’une plante transgénique
produisant une protéine d’intérêt (et obtenue à petite échelle en espace
confiné), la production à grande échelle de cette protéine peut être
obtenue, non pas en cultivant la plante sur des surfaces considérables, mais
simplement en réalisant des cultures, dans des bio-réacteurs, du tissu (ou
des cellules du tissu) dans lequel s’accumule cette protéine. De plus, il
est important de préciser que les milieux de culture de cellules de plantes
sont des milieux extrêmement simples et peu coûteux, et que lorsqu’il s’agit
des racines, très souvent la protéine produite est excrétée dans le milieu
extérieur, c’est-à-dire dans le milieu de culture, ce qui simplifie encore
grandement la purification. Un article (référence 1), paru en novembre
dernier dans la revue Nature Biotechnology (pourtant réputée être très
“pro-OGM”), et intitulé « Cultures de cellules de plantes pour la production
de protéines d’intérêt » souligne que « L’avantage sans doute le plus
important des cellules de plantes par rapport à la plante entière est la
procédure beaucoup plus simple de purification du produit, tout
particulièrement quand ce produit est sécrété dans le milieu de culture ».
Il y est également écrit que « Contrairement aux plantes en plein champ, la
performance des cultures de cellules de plantes est indépendante du climat,
de la qualité du sol, des saisons, de la longueur du jour et du temps [et
qu’] il n’y a aucun risque de contamination avec des mycotoxines, des
herbicides ou des pesticides ». Cet article recense notamment les 23
protéines d’intérêt pharmaceutique déjà produites en laboratoire dans des
cultures de cellules de plantes (essentiellement du tabac).
Il est donc clair que non seulement les alternatives en espace confiné
existent, mais qu’en plus, celles-ci présentent des avantages incontestables
par rapport aux plantes cultivées en plein champ.
B. Risques de dissémination
La production d’une substance pharmaceutique en plein champ pose bien-sûr le
problème majeur des risques de dissémination : il s’agit d’ouvrir la
pharmacie sur la nature !
N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, en 2002, du soja destiné à l’alimentation
humaine avait été contaminé par du maïs transgénique de la société ProdiGène
cultivé pour produire un vaccin porcin. Qu’il s’agisse d’une contamination
par des repousses (comme c’était vraissemblablement le cas dans cette
affaire) ou due à une erreur humaine, il est évident que nous ne pourrons
jamais avoir les garanties d’une parfaite étanchéité entre les filières,
depuis la culture jusqu’à la récolte et le stockage dans les silos (d’autant
plus que le flux de graines, transportées notamment par les oiseaux ou
autres animaux est bien évidemment incontrôlable !).
A ces problèmes majeurs d’absence d’étanchéité s’ajoutent les risques de
dissémination par « pollution génétique », c’est-à-dire le risque que le (ou
les) gène(s) étranger(s) introduit(s) volontairement dans une plante (ici le
maïs) se retrouve(nt) involontairement dans une autre ou dans un autre
organisme. On distingue d’une part la contamination dite “verticale”,
c’est-à-dire par pollinisation et croisements inter-variétaux, et d’autre
part la contamination dite “horizontale”, c’est-à-dire le transfert direct
de matériel génétique entre deux organismes, sans croisement, par exemple
entre plantes et micro-organismes du sol, ou encore d’une plante à une autre
plante via les virus.
En ce qui concerne la contamination verticale, nos régions étant à priori
dépourvues d’espèces apparentées sexuellement compatibles avec le maïs,
celui-ci ne peut se croiser qu’avec un autre maïs cultivé, risque dont la
société MERISTEM prétend s’affranchir en utilisant un maïs mâle stérile (non
producteur de pollen transgénique fertile). Ce type de précaution permet
sans aucun doute de diminuer considérablement les risques de transfert par
pollinisation, mais certainement pas de les éliminer, la stérilité totale du
maïs n’étant jamais certaine.
En revanche, la société MERISTEM se garde bien d’aborder le problème des
riques de contamination par transferts horizontaux, et s’est contentée,
lorsque cet aspect a été soulevé en votre présence, de négliger ces risques,
prétextant (je cite) « que ce type de transfert n’avait pas été démontré et
que si toutefois ce phénomène se produisait, ce serait avec une probabilité
telle qu’on pouvait le négliger ». On ne peut que s’étonner devant de telles
affirmations, en particulier de la part de scientifiques, alors que ce
phénomène de transfert horizontal, amplement démontré entre bactéries (à la
fois in vitro et dans des environnements naturels [références 2 à 6]), a
également été mis en évidence, à travers un certain nombre d’exemples, entre
des plantes (ou autres organismes pluricellulaires) et des bactéries du sol
[références 7 à 11], ainsi qu’entre des plantes et des champignons
microscopiques parasites des plantes [références 12 et 13]. Des transferts
horizontaux du gène de résistance à l’antibiotique hygromycine ont
d’ailleurs été démontrés entre des plantes transgéniques (dans lesquelles il
était utilisé comme gène marqueur) d’une part et le champignon filamenteux
Aspergillus niger [référence 14], ou une bactérie du sol [référence 15]
d’autre part. La même démonstration a été faite pour le gène de résistance à
l’antibiotique kanamycine entre une betterave à sucre transgénique (dans
laquelle il était là encore utilisé comme gène marqueur) et des bactéries du
sol [référence 16].
Certes, les quelques (trop) rares études expérimentales faites en
laboratoires sur le transfert horizontal entre des plantes transgéniques et
des micro-organismes du sol ou associés aux plantes indiquent que les
fréquences de ces transferts sont très faibles [références 17 à 20]. Mais il
ne faut pas perdre de vue les points suivants :
(1) ces conclusions reposent sur un nombre très faible d’études ;
(2) une surface cultivée représente une extraordinaire concentration des
gènes étrangers qui font l’objet du risque de pollution génétique ;
(3) chaque étude de transfert horizontal en laboratoire ne s’intéresse qu’à
un seul micro-organisme (comme receveur potentiel du gène étranger) alors
que le sol en contient une multitude dont environ 5% seulement sont connus ;
(4) après récolte, les parties de plantes restantes sont en général broyées
et enfouies dans le sol, ce qui augmente considérablement l’accessibilité
des micro-organismes du sol à l’ADN végétal, et donc les risques de
transferts horizontaux. Les études faites en laboratoire ne peuvent donc que
largement sous-estimer les fréquences avec lesquelles ces transferts peuvent
se produire en plein champ. Pour autant, il est évident que ce type d’étude
- notamment pour les raisons évoquées au point (3) - est inabordable en
espace ouvert [référence 21] et qu’aucun essai en plein air ne pourrait être
justifié par des études de transfert horizontal.
Enfin, il est essentiel de souligner, qu’en ce qui concerne les plantes
génétiquement modifiées (et à fortiori lorsqu’il s’agit de
plantes-médicaments), une faible (et aussi faible soit elle) fréquence de
contamination ne peut constituer un argument en faveur d’une dissémination
volontaire, tout simplement en raison de l’avantage sélectif que peut
éventuellement procurer le gène étranger à l’organisme qui le récupère. En
effet, si le gène en question confère des propriétés avantageuses à
l’organisme qui l’héberge, celui-ci pourra alors proliférer au détriment des
ses congénères et des autres organismes de la même niche écologique. Cet
organisme devenu transgénique par contamination (ou pollution génétique),
initialement minoritaire, deviendra alors majoritaire. C’est la raison pour
laquelle le risque de pollution génétique n’est pas un risque qui se dilue
dans le temps, mais au contraire qui se concentre avec le temps. Dans une
revue sur les risques de transferts horizontaux entre les plantes
transgéniques et les bactéries du sol [référence 22], intitulée « Transfert
de gène horizontal entre plantes transgéniques et bactéries du sol - un
évènement rare ? », les auteurs soulignent que « Les fréquences de transfert
ne doivent pas être confondues avec les probabilités de survenue des
implications environnementales... » Ils ajoutent que « Seulement une
compréhension précise des évènements sélectifs dans les environnements
naturels permettra de prédire les conséquences possibles de l’introduction
de nouveaux gènes dans les milieux ouverts ».
Aux problèmes d’étanchéité soulevés précédemment s’ajoute donc un véritable
danger écologique : aucune garantie de l’absence de contamination des autres
cultures et de l’environnement en général ne pourra être obtenue si un tel
maïs est cultivé en plein champ. De plus, s’agissant d’un maïs produisant
une protéine d’intérêt pharmaceutique, ces divers risques de dissémination
s’accompagnent inévitablement de risques sanitaires.
En conclusion, ce maïs (et les plantes-médicaments en général) pourraient
s’avérer redoutables tant leur culture en plein champ présente des risques
non maîtrisés.
De tels risques sont d’autant plus injustifiés qu’il existe, comme je l’ai
détaillé dans la première partie de ce rapport, multiple alternatives pour
produire (toujours par transgenèse) cette lipase gastrique de chien en
espace confiné.