Journal à l'humeur qui fait des vagues, comme l'océan et ses marées...
Au même moment, la branche exécutive s’est également réclamée d’une autorité
précédemment non reconnue pour maltraiter des prisonniers se trouvant sous
sa responsabilité d’une manière qui constitue incontestablement de la
torture et a toujours été de la torture – dans une proportion très large qui
a été largement documentée dans les installations états-uniennes situées
dans plusieurs pays du monde.
Plus de cent personnes parmi ces captifs ont été rapportées comme décédées
lors de leur torture par des membres de la branche exécutive. Beaucoup
d’autres ont été brisées et humiliées. En outre, dans la célèbre prison
d’Abou Ghraib, les enquêteurs qui ont documenté la vague de torture ont
estimé que plus de 90 % des victimes étaient totalement innocentes en tout
état de cause.
Il s’agit là d’un exercice du pouvoir intolérable qui contrevient à un
ensemble de principes que votre nation a respectés depuis que le général
George Washington [10] les a énoncés lors de notre Guerre révolutionnaire.
Ils ont été respectés par tous les présidents depuis lors et jusqu’à
maintenant.
Ils violent les Conventions de Genève, les Conventions internationales
contre la torture et nos propres lois contre la torture.
Le président a également déclaré qu’il a le pouvoir de kidnapper des
individus dans les rues de villes étrangères et de les livrer pour
emprisonnement et interrogatoire en notre nom à des régimes autocratiques et
des nations qui sont connues pour la cruauté de leurs techniques de torture.
Certains parmi nos alliés traditionnels ont été profondément choqués par ces
tendances inhabituelles de la part des États-Unis.
Par exemple, l’ambassadeur britannique en Ouzbékistan [11] – l’une de ces
nations ayant les pires réputations de torture dans leurs prisons – a
formulé une plainte auprès de son ministère de l’intérieur au sujet de la
cruauté et de l’absurdité des nouvelles pratiques états-uniennes dont il a
été témoin. « Ces informations que nous avons obtenues sont inutiles »,
a-t-il écrit, avant de poursuivre comme suit « Nous vendons notre âme pour
des cacahuètes. En fin de compte c’est résolument dommageable. »
Est-il possible qu’un président ait réellement de tels pouvoirs dans le
cadre de notre constitution ?
Si la réponse est oui, alors selon la théorie qui régit ces actes, y a-t-il
des actes qui peuvent en comparaison être interdits ?
Si le président a le pouvoir organique d’écouter les citoyens États-uniens
sans mandat, d’emprisonner les citoyens états-uniens de sa propre
initiative, de kidnapper et torturer, alors qu’est-ce qu’il ne peut pas
faire ?
Le doyen de la faculté de droit de Yale Harold Koh [12] a conclu, après
analyse des prétentions extravagantes du pouvoir exécutif à ces pouvoirs
auparavant non reconnus, pour citer ses propos : « Si le président a le
pouvoir de commandant-en-chef pour torturer, il a le pouvoir de commettre
des génocides, de cautionner l’esclavage, de promouvoir l’apartheid et
d’ordonner des exécutions sommaires. »
Paralysie des contre-pouvoirs
Le fait que nos garde-fous états-uniens habituels ont pour l’instant échoué
à contenir cette expansion inédite du pouvoir exécutif est en soi très
troublant. Cet échec est en partie imputable au fait que la branche
exécutive a suivi une stratégie déterminée pour gêner, retarder et retenir
des informations, semblant céder mais refusant finalement de le faire,
avançant masquée pour frustrer les efforts des branches législative et
judiciaire visant à restaurer un équilibre constitutionnel sain.
Par exemple, après avoir semblé soutenir un amendement promu par le sénateur
John McCain [13] pour mettre fin à la torture, le président a déclaré à la
signature de la loi qu’il se réservait le droit de ne pas s’y conformer.
De la même manière, la branche exécutive a déclaré qu’elle pouvait
unilatéralement faire emprisonner des citoyens états-uniens sans leur donner
accès à un quelconque tribunal. Et lorsque la Cour suprême s’y opposa, le
président s’engagea alors dans des manœuvres légales destinées à empêcher le
tribunal de donner un tant soit peu de substance aux droits des citoyens
affectés.
Un juriste conservateur de la 4ème chambre d’Appel a écrit que le traitement
de l’un de ces dossiers par la branche exécutive semblait montrer un abandon
subit des principes et, pour le citer, « à un coût substantiel pour la
crédibilité du gouvernement auprès des tribunaux ».
En conséquence de cette prétention inédite à nouveau pouvoir unilatéral, la
branche exécutive met dorénavant notre structure constitutionnelle face à de
graves risques. Les enjeux pour la démocratie états-unienne sont beaucoup
importants que ce qui est généralement reconnu.
Ces prétentions doivent être rejetées et un équilibre des pouvoirs sain doit
être rétabli dans notre république. Dans le cas contraire, la nature
fondamentale de notre démocratie pourrait bien connaître une transformation
radicale.
Depuis plus de deux siècles, les libertés des États-Unis ont été préservées
en grande partie grâce à la décision de nos Fondateurs de séparer le pouvoir
global de notre gouvernement en trois branches égales, chacune d’entre
elles, comme vous le savez, contrôlant et équilibrant le pouvoir des deux
autres.
En de nombreuses occasions durant notre histoire, l’interaction dynamique
entre les trois branches a provoqué des collisions et des impasses
temporaires qui constituent ce qui est invariablement qualifié de crises
constitutionnelles.
Ces crises ont souvent été des périodes dangereuses et incertaines pour
notre république. Mais chaque fois, jusqu’à présent, nous avons trouvé une
issue à la crise en renouvelant notre accord pour vivre en paix sous le
règne de la loi.
La principale alternative à la démocratie dans l’histoire fut, bien entendu,
la concentration de virtuellement tout le pouvoir étatique entre les mains
d’un seul homme fort ou petit groupe qui exerçait le pouvoir sans le
consentement informé des gouvernés.
C’est précisément par révolte contre un tel régime, après tout, que les
États-Unis furent fondés.
Lorsque Lincoln [14] déclara, au moment de notre plus grave crise, que la
principale question qui serait tranchée dans la guerre civile était, dans
ses termes mémorables, « le fait que cette nation, ou toute nation ainsi
conçue et ainsi consacrée, puisse autant endurer ou non, » il ne sauvait pas
simplement notre Union. Il reconnaissait le fait que les démocraties sont
rares dans l’histoire. Et lorsqu’elles s’écroulent, comme ce fut le cas
d’Athènes et de la république romaine dont la conception avait largement
inspiré nos Fondateurs, ce qui émerge à leur place est un nouveau régime
d’un seul homme fort.
Il y a, bien entendu, eu d’autres périodes dans l’histoire des États-Unis où
la branche exécutive accaparait de nouveaux pouvoirs ultérieurement perçus
comme excessifs et malencontreux.
Notre second président, John Adams, fit voter les tristement célèbres Alien
and Sedition Acts et chercha à faire taire et emprisonner les critiques et
opposants politiques.
Puis lorsque son successeur, le président Thomas Jefferson, élimina les
abus, lors de son premier discours inaugural, il déclara : « Les principes
fondamentaux de notre gouvernement forment une constellation éclairée qui
s’est étendue devant nous et a guidé nos pas au travers d’un âge de
révolution et de réformes. S’il nous arrivait de nous en écarter à des
moments d’erreur et de panique, empressons-nous de retrouver nos pas et
rejoindre cette route qui elle-seule mène à la paix, la liberté et la
sécurité. »
Le président Lincoln, bien entendu, suspendit l’habeas corpus pendant la
Guerre civile, et certains des pires abus avant ceux de l’administration
actuelle furent commis par le président Wilson pendant et après la Première
Guerre mondiale, avec le fameux « péril rouge » et les « Palmer
raids » [15].
L’internement d’États-uniens d’origine japonaise durant la Seconde Guerre
mondiale [16]]] constitua un honteux record dans le domaine du non-respect
des droits individuels de la part de l’exécutif. Avec, bien entendu, lors de
la Guerre du Vietnam, le non moins fameux programme COINTEL ne constituait
qu’une partie de ces abus endurés par le Dr King ainsi que des milliers
d’autres [17] .
Mais dans chacun de ces cas tout au long de l’histoire états-unienne,
lorsque la confrontation et les tumultes se terminaient, notre nation
retrouvait son équilibre et tirait des leçons du cycle récurrent d’excès et
de regret.
Apathie démocratique
(à suivre)