Sans fossé à entretenir nous n' aurions pu voir renaitre notre cher Pétasite reverdi et en pleine forme,
tranchant sur le brun mélancolique des feuilles du châtaignier...
Mortes...
On aime ici l' équilibre des couleurs automnées: tons de fauves différents et verts jaunissants marqués des
empreintes de la vie...
On peut aimer l'académisme aussi!
Puis d'un coup, on pense à autre chose: d'un coup notre naturel prend le dessus et des images en couleurs nous
reviennent en mémoire, la pâtisserie émotionnelle refait surface dans les synapses et quand pour certains bourgeois il ne s'agit que de vieilles madeleines à la fleur d'oranger trempées dans du
thé (c'est une supposition!), à ma gorge de petit pauvre remonte la saveur dérisoire et plate d'une espèce de galette épaisse, toute de sucre teinté pistache...
Alors je repense à la Pâtisserie Mirtain, au patelin de...
A cette boutique interdite où ma mère n' entrait jamais parce que tout y était trop cher!
Trop chers les petits gâteaux planqués sous les verres...
Trop chères les confiseries de couleur dans les grands bocaux...
Trop chers et trop sucrés les éclairs au café et au chocolat qui coulait...
Trop chères les grosses religieuses, trop bizarres aussi...
Trop cliquantes les étagères et beaucoup trop hautes pour les dos courbés...
Pourtant qu'il était agréable à voir le petit pâtissier âgé dans son costume blanc qui brillait!
Comme il était poli et propre sur lui!
Comme il savait dire bonjour en souriant "vert" à ses voisines de rue...
Et comme sa grosse femme bien peignée dans son tablier blanc savait bien dire "merci beaucoup" en leur
remettant leur carton jaune tenu par le nœud du galon rose...
Un univers de dragées en somme... qui se reflétait en permanence dans les vitreries des présentoirs et dans les
boiseries peintes en vert mou...
C'est ici que je commençai d'apprendre les vraies couleurs de l'argent que dans ma famille on ne connaissait
pas!
Et encore, quand je dis argent, je pense aux billets de banque dont mon père parlait sans cesse avec l' envie
du voleur qui n'osera jamais... Parce que des pièces j'en avais un peu idée: quand je pouvais j'en piquais un peu dans la boite de ma mère, mais jamais assez pour pouvoir entrer chez Mr
Mirtain...
Je n'ai toujours pas perdu envie d'en croquer de la galette à la pistache fondante...
Mais le temps passe, comme passent les images d' inquiétudes qu'ont les enfants quand on ne leur explique
pas autrement qu'en interdits ou en brimades les relations que les hommes s'érigent entre eux...
A savoir pourquoi se creusent les fossés...
Encore un petit morceau???
Ça va se perdre sinon...