Journal à l'humeur qui fait des vagues, comme l'océan et ses marées...
Hmmm…. C'est un hérisson,
qui piquait, qui piquait...
En courant sus à un voleur
Qui venait de lui chiper l'heure
A sa montre,
Oncle Archibald, coquin de sort !
Fit, de Sa Majesté la Mort
La rencontre.
Telle un' femm' de petit' vertu
Elle arpentait le trottoir du
Cimetière...
Aguichant les hommes en troussant
Un peu plus haut qu'il n'est décent
Son suaire.
Oncle Archibald, d'un ton gouailleur
Lui dit : " Va-t'en fair' pendre ailleurs
Ton squelette!
Fi ! des femelles décharnees !
Vive les belles un tantinet
Rondelettes ! "
Lors, montant sur ses grands chevaux
La Mort brandit la longue faux
D'agronome,
Qu'elle serrait dans son linceul
Et faucha d'un seul coup, d'un seul
Le bonhomme!
Comme il n'avait pas l'air content
Elle lui dit : " Ça fait longtemps
Que je t'aime,
Et notre hymen à tous les deux
Etait prévu depuis le jour de
Ton baptême.
" Si tu te couches dans mes bras
Alors la vie te semblera
Plus facile,
Tu y seras hors de portée
Des chiens, des loups, des homm's et des
Imbéciles!
" Nul n'y contestera tes droits
Tu pourras crier "Vive le roi!"
Sans intrigue,
Si l'envi' te prend de changer
Tu pourras crier sans danger
"Vive la Ligue!"
" Ton temps de dupe est révolu
Personne ne se paiera plus
Sur ta bête,
Les "Plaît-il, maître?" auront plus cours
Plus jamais tu n'auras à cour-
ber la tête"!
Et mon oncle emboîta le pas
De la belle, qui ne semblait pas
Si féroce,
Et les voilà, bras d'ssus, bras d'ssous,
Les voilà partis je n' sais où
Fair' leurs noces...
O vous, les arracheurs de dents
Tous les cafards, les charlatans
Les prophètes,
Comptez plus sur oncle Archibald
Pour payer les violons du bal
A vos fêtes!
Georges BRASSENS.
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