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Découverte de la première exoplanète tellurique : une grosse Terre glacée ?
Source : Institut d'Astrophysique de Paris, le 26/01/2006 à 10h21
À une très grande distance de notre propre système solaire, des
astrophysiciens ont mis en évidence l’existence d’une exoplanète dont les
caractéristiques se rapprochent de celles de notre Terre, sans en être une
sœur jumelle. Située à environ trois fois la distance Terre-Soleil de son
étoile, il lui faut 10 ans pour en faire le tour et sa masse est environ 5
fois plus importante que celle de la Terre. La température de sa surface
est estimée à 53 kelvins (-220 degrés Celsius). Elle est donc solide,
probablement composée de roches et de glace. Le modèle théorique de la
formation de notre système solaire, qui propose que les planètes se forment
par accrétion de petits corps rocheux, s’en trouve ainsi renforcé.
Cette planète, baptisée OGLE-2005-BLG-390Lb, avec une température proche de
celle de Neptune ou de Pluton (53 K), est trop froide pour abriter la vie,
mais à de grandes chances d’être la plus petite exoplanète identifiée à ce
jour. Elle est située dans la constellation du Sagittaire, près du cœur de
la Voie lactée, notre Galaxie. La distance entre cette planète et la Terre
est d’environ 22 000 années-lumière.
Les auteurs de cette découverte, par la technique des microlentilles
gravitationnelles, sont les astronomes de la collaboration PLANET (Probing
Lensing Anomalies NETwork), dirigée par Jean-Philippe Beaulieu, de
l’Institut d’astrophysique de Paris. C’est la troisième planète
extrasolaire trouvée grâce à cette technique prometteuse. Les résultats
sont publiés dans la revue anglaise Nature du jeudi 26 janvier 2006 et
cosignés par 73 auteurs appartenant à 32 établissements de 12 pays
différents (France, États-unis, Australie, Royaume-Uni, Danemark,
Allemagne, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Chili, Autriche, Pologne,
Japon).
L’effet de microlentille gravitationnelle:
L’effet de microlentille gravitationnelle a été prédit par Einstein en
1936. La relativité générale indique que la lumière est déviée par les
corps massifs, par exemple les étoiles (lentille gravitationnelle).
Lorsqu’une petite étoile (la lentille) est alignée exactement avec une
autre étoile plus lointaine (la source), la lumière est focalisée et
l’étoile-source (Fig. 1) paraît plus brillante. Cette amplification de
lumière a été observée pour la première fois en 1993 par les projets MACHO,
EROS et OGLE.
Fig. 1 - Champ de l’étoile OGLE-2005-BLG-390 dans le bulbe galactique.
La flèche indique la position de l’étoile-source. On notera la zone sombre
sur la gauche de l’image : elle est due à des poussières en direction du
centre galactique, qui masquent la lumière des étoiles plus lointaines.
Image préparée par Jean-Philippe Beaulieu de l’Institut d’astrophysique de
Paris (IAP-CNRS-UPMC).
La technique des microlentilles gravitationnelles n’est pas limitée en
distance, puisqu’il suffit que l’étoile-lentille passe devant
l’étoile-source, située en général à proximité du Centre galactique, soit à
25 000 années-lumière en moyenne. Si l’étoile-lentille est double, la
courbe d’amplification de l’éclat se modifie en fonction du rapport de
masse des composantes, de leur séparation et de leur trajectoire dans le
ciel. L’effet est purement géométrique, et on peut ainsi détecter des
composantes de faible masse, par exemple des planètes autour de
l’étoile-lentille. C’est ce qui a été réalisé pour la première fois en
2003, puis en avril 2005, mais dans ces deux cas la planète était plus
massive que Jupiter et donc gazeuse.
D’autres techniques permettent de trouver des exoplanètes. Parmi elles, la
première et la plus efficace, appelée méthode des vitesses radiales,
consiste à mesurer le mouvement de l’étoile autour du centre de gravité du
système étoile-planète. Cette légère oscillation de l’étoile autour du
centre commun est mise en évidence par la variation de sa vitesse, mesurée
par effet Doppler-Fizeau. Lorsque l’étoile se rapproche de nous, les raies
de son spectre se décalent vers le bleu et inversement lorsqu’elle
s’éloigne, elles se décalent vers le rouge. C’est ainsi que la première
exoplanète a été trouvée en 1995 par deux astronomes suisses de
l’Observatoire de Genève : Michel Mayor et Didier Queloz. Aujourd’hui,
environ 170 planètes ont été détectées par cette technique. Cependant, pour
que l’oscillation de l’étoile soit observable, il faut trois conditions :
qu’elle soit a moins de 300 années-lumière de la Terre, que la planète soit
massive et proche de son étoile. On trouve ainsi ce qu’on a appelé des
Jupiters chauds.
Cette technique partage avec celle des microlentilles gravitationnelles et
des transits (passage de la planète devant l’étoile détecté par la
diminution du flux de l’étoile due à l’ombre de la planète) le fait d’être
indirecte : la planète n’est pas vue, son existence et ses caractéristiques
sont déduites des effets induits sur l’étoile. La détection directe de la
planète est très difficile, puisqu’elle n’émet pas de lumière propre, mais
se contente de réfléchir celle de son étoile : elle est donc noyée dans
l’éclat de celle-ci. Il a fallu attendre 2004 pour la première détection
directe d’une exoplanète orbitant une naine brune à plus de 50 unités
astronomiques. Dans ce cas, il faut que l’étoile soit proche de nous, que
la planète soit massive, mais qu’elle soit très éloignée de son étoile pour
qu’on puisse la distinguer.
Seules la méthode des vitesses radiales et celle des microlentilles
gravitationnelles peuvent détecter des planètes dans la zone dite «
habitable » autour d’une étoile, c'est-à-dire ni trop près, ni trop loin,
et pouvant héberger des planètes ni trop chaudes, ni trop froides (pouvant
receler de l’eau liquide). En utilisant la première méthode, une équipe a
récemment découvert une planète de 7,5 masses terrestres dans un système en
contenant déjà deux, mais sa distance est d’un cinquantième de la distance
Terre-Soleil, et la planète est donc très chaude (570 K).
L’étoile-lentille autour de laquelle tourne OGLE-2005-BLG-390Lb avait été
repérée par l’équipe polonaise-américaine de OGLE (Optical Gravitational
Lensing Experiment) menée par Andrzej Udalski le 11 juillet 2005, dans le
cadre de leurs observations régulières du Bulbe galactique. Toute étoile
dont l’éclat varie est signalée à plusieurs autres équipes internationales
d’astronomes qui en assurent le suivi.
Le réseau PLANET
Parmi ces équipes, la collaboration PLANET regroupe trente deux astronomes
provenant de dix pays et utilise cinq télescopes répartis dans l’hémisphère
sud : au Chili, en Australie et en Afrique du Sud. Cela permet de suivre
les alertes d’OGLE de façon continue, chaque télescope prenant le relais du
précédent lorsque la nuit se termine sur un continent et commence sur un
autre. Comme le dit Jean-Philippe Beaulieu : « "Pour les astronomes de
PLANET, le Soleil ne se lève jamais…" ».
Le but de ce suivi est de détecter des anomalies sur la courbe
d’amplification (Fig. 2), qui pourraient trahir l’existence d’une planète
autour de l’étoile qui passe entre l’observateur et l’étoile-source. C’est
ce qui s’est produit la nuit du 10 août 2005, lorsque deux astronomes,
Pascal Fouqué (Observatoire Midi-Pyrénées, France) et Kristian Woller
(Niels Bohr Institute, Danemark), observant sur le télescope Danois de 1,5
m à l’Observatoire de La Silla, ont noté une déviation en flux, alors que
l’amplification de la source était presque terminée, après avoir franchi
son maximum le 31 juillet 2005.
Fig. 2 - La courbe de lumière (variation de l’éclat en fonction du temps)
de OGLE-2005-BLG-390.
Image préparée par David Bennett (PLANET)
Fig.2 : chaque point représente une mesure, et sa couleur correspond au
télescope où l’observation a été faite. La couverture continue de la courbe
par les observations montre l’efficacité de la stratégie à plusieurs
télescopes répartis sur différents continents (OGLE et Danish au Chili,
RoboNet aux Canaries et à Hawaii, Canopus et Perth en Australie, MOA en
Nouvelle-Zélande).
L’insert montre un agrandissement de la déviation due à la planète et
correspond à la nuit du 10 août 2005. Les deux premiers points rouges
correspondent à la détection de l’anomalie au télescope Danois et les
points bleus mesurés à Perth montrent l’importance d’alerter les collègues
lorsqu’une anomalie a été détectée.
Les astronomes ont alerté leurs collègues australiens, qui ont pu confirmer
une variation d’éclat anormale d’une durée de 7 heures. Le lendemain, les
équipes de OGLE et de MOA (Microlensing Observations in Astrophysics,
collaboration Nouvelle-Zélande-Japon) ont confirmé la détection et les
modélisateurs se sont mis au travail pour voir si la présence d’une planète
pouvait expliquer la déviation.
Un astronome allemand, Daniel Kubas (PLANET & University of Potsdam,
Potsdam, Germany), un américain, David Bennett (PLANET & University of
Notre Dame, Notre Dame IN, USA) et un français, Arnaud Cassan (PLANET &
IAP-CNRS-UPMC), ont alors montré indépendamment qu’il s’agissait bien d’une
planète, mais qu’en plus sa masse était la plus petite jamais mesurée pour
une planète hors du système solaire, de l’ordre de 5 masses terrestres !
Pourra-t-on voir un jour cette planète directement ?
Non, à cause de sa grande distance : 22 000 années-lumière. Elle est donc
plus proche de l’étoile-source que de notre système solaire. On peut par
contre espérer, d’ici 5 à 10 ans, détecter l’étoile-lentille, que son
mouvement propre aura écarté suffisamment de l’étoile-source pour qu’un
interféromètre tel que le VLTI (ESO, Chili) ou un coronographe équipé
d’optique adaptative (Planet Finder sur le VLT) puisse séparer les deux
étoiles. Cela permettra de mieux connaître la masse de la planète.
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Le copié-collé n'a pas été efficace au point de reproduire les photos ainsi
que les graphiques...
Vous pouvez les consulter sur:
http://www.futura-sciences.com/