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Communiqué de presse:
Comment l'Etat signe l'arrêt de mort de la bio
en autorisant les essais OGM de Méristem therapeutics
Uzès le 21 juin 2005 - Le 22 juin à 11 heures, au Tribunal administratif de
Clermont-Ferrand, se tiendra, suite au recours engagé par France Nature
Environnement et diverses autres organisations[1], le référé en suspension
de l'autorisation des essais "de maïs médicaments" réalisés en Auvergne par
la société Méristem Thérapeutics. Lors de ce référé, la fédération
d'agriculture biologique Nature & Progrès, représentée par son chargé de
mission Guy Kastler, montrera comment ces essais menacent purement et
simplement l'existence même de l'agriculture biologique, agriculture
pourtant de plus en plus pressentie comme seule alternative durable aux
dérives désormais connues de l'agriculture industrielle intensive, dont les
OGM constituent l'aberrante extension.
Au moment où le cancérologue Dominique Belpomme souligne les méfaits de
cette agriculture chimique sur notre santé, voire sa responsabilité dans
l'augmentation croissante des cas de cancers aujourd'hui, on voudrait lui
faire produire un "maïs médicament" au nom de la lutte anti-cancéreuse.
Alors qu'on sait produire sans difficulté les mêmes médicaments de manière
sécurisé en milieu confiné, une telle expérimentation est totalement
irresponsable car elle aboutira immanquablement, un jour ou l'autre, à
disséminer des médicaments dans nos assiettes. N'y aurait-il que la CGB pour
ignorer qu'en plein champ les pollutions génétiques sont inévitables,[2]
qu'elles font partie intégrante de la vie des plantes ? Le prétexte de la
recherche médicale est parfaitement démagogique : il ne s'agit que de
manipuler une opinion réticente pour qu'elle accepte les OGM.
En attendant, via ces recherches, c'est bel et bien l'agriculture biologique
qui est menacée. Les cahiers des charges de l'agriculture biologique
interdisent toute utilisation d'OGM. Or, selon la Direction Générale de la
Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes [3] : « Les
produits issus de la filière de l'agriculture biologique ne peuvent être
qualifiés « sans OGM » du seul fait de leur mode de production. [.] Les
opérateurs qui souhaitent alléguer l'absence d'OGM doivent donc s'assurer
que leurs produits ne contiennent pas d'OGM au seuil de détection selon les
exigences » ainsi définies : « La présence de toute trace d'OGM doit être
exclue. En d'autres termes, le seuil à retenir dans ce cas est la limite de
détection à l'analyse et nullement le seuil de présence fortuite de 0,9%. »
Les producteurs biologiques se voient donc contraints d'effectuer, à leurs
frais, de multiples analyses pour satisfaire la demande de leur clientèle et
risquent à tout moment de voir leur production refusée si elle est
contaminée. Cela s'est déjà produit à plusieurs reprises. En juillet 2001,
par exemple, les autorités Danoises avaient révélé la présence d'OGM dans 20
échantillons (dont 8 à un taux supérieur à 0,1%) de produits biologiques,
sur 48 contrôlés[4]. Les entreprises ayant mis en vente ces 8 produits ont
dû s'acquitter d'une amende pour violation de la législation concernant les
produits biologiques.
Le cas le plus connu en France est celui de Monsieur Patrick De Kochko,
agriculteur du Lot et Garonne, qui, en 1996, s'est vu refusé par ses
acheteurs sa production de soja biologique contaminée par des OGM venant des
semences non OGM fournies par sa coopérative. Bien qu'il ait intenté une
action en justice (qui à ce jour n'a pas abouti), il n'a jamais été
indemnisé.
Sachant qu' « En cas de contamination par un OGM non autorisé à la
consommation humaine, le seuil (de tolérance en cas de contamination
fortuite) est de 0% »[5], sachant aussi que Syngenta, un des principaux
producteurs mondiaux d'OGM, a récemment reconnu devant les députés français,
par la voix de son représentant Mr Gay, le caractère inévitable des
contaminations[6], Nature & Progrès demande la suspension de toute culture
d'OGM en plein champ et aujourd'hui des essais de Meristem Therapeutics.
Rappelons qu'en France, déjà 5 à 6 % des échantillons de produits
biologiques analysés en 2004 par les Organismes Certificateurs agrées se
sont déjà révélés contaminés par des OGM, entre 0,01 et 0,1%, (sauf un à
plus de 0,1% !), alors qu'aucune culture "commerciale" d'OGM n'est réalisée
à ce jour sur notre territoire. Le risque de contamination est donc bien
réel. Dans ces conditions, toute augmentation de ce risque, que ce soit à
partir de produits importés avec des garanties insuffisantes ou de cultures
en milieu ouvert sur le territoire français, est une atteinte à la liberté
d'entreprendre des producteurs bio, ainsi qu'à la liberté de choix des
consommateurs.
En dépit de ces circonstances, le 27 avril 2005, le Ministre de
l'Agriculture, de l'Alimentation et de la Ruralité a décidé d'autoriser la
dissémination volontaire dans l'environnement de onze variétés de plants
génétiquement modifiés, dont un maïs génétiquement modifié mis au point par
la Société Meristem Therapeutics. Aucune règle de droit ne définissant en
France les conditions d'une coexistence entre culture non OGM et OGM, ni
celles de la responsabilité en cas de dommage, les analyses et les retraits
de production en cas de contamination se feront encore aux seuls frais des
producteurs bio.
Cette décision est d'autant plus grave que dans le cas du maïs, les
agriculteurs bio sont obligés de s'organiser pour répondre à l'insuffisance
d'offre de semences adaptées aux conditions de l'agriculture biologique. Ils
doivent aussi se protéger d'une offre de semences non étiquetées OGM et de
plus en plus souvent contaminées, comme le montre le bilan des contrôles
2004 de la Protection des végétaux et des douanes sur les semences de maïs
importées et réputées non-OGM, dont 35% sont positifs pour la présence
fortuite d'OGM, dans la majorité des cas à des taux inférieurs ou égal à
0,1% et pour deux cas, à un taux supérieur à 0,1%.
C'est pourquoi, la Fédération Nature & Progrès soutient depuis plusieurs
années, dans le cadre du Réseau Semences Paysannes dont elle est adhérente,
un programme de sélection de variétés de maïs population qui permettent au
paysan - contrairement aux variétés hybrides vendues par l'industrie
semencière - de ressemer une partie du grain qu'il a récolté pour assurer
les récoltes suivantes
Les responsables des essais se comportent comme si tous les paysans
achetaient chaque année leurs semences de maïs. Ils ne tiennent aucun compte
du fait qu'une partie d'entre eux, et plus particulièrement des producteurs
biologiques, ressèment chaque année une partie du grain qu'ils ont récolté
l'année précédente et que cette pratique est le seul moyen pour eux de
disposer de semences non contaminées par des OGM et adaptées à leur mode de
culture et à leur terroir. En cas de dissémination incontrôlée, le taux de
cette contamination pourrait augmenter d'année en année, transformant contre
leur gré tous ces producteurs en multiplicateurs d'OGM. La décision du
Ministère engendre un risque de contaminations diffuses important, les
surfaces projetées par Meristem therapeutics (23 ha en 2005, plus de 1600
hectares pour les prochaines années) les rendent inévitables.
Si ce projet est mené à son terme, les producteurs biologiques se trouveront
privés de toute semence adaptée à leur mode de culture et à leur terroir.
L'autorisation donnée aux essais Meristem Therapeutics n'est ni justifiée
d'un point de vue médical, ni admissible pour l'ensemble des paysans et des
consommateurs, qui ne veulent d'OGM, ni dans leurs champs, ni dans leurs
assiettes. Elle doit être immédiatement suspendue.
Contacts : Guy Kastler, Tél. 04 68 91 28 95 ou Gilles Lèbre (N&P 63), Tél.
06 07 64 81 82
Nature & Progrès, Fédération de producteurs et de consommateurs bio depuis
1964
68 bd Gambetta, 30700 Uzès. Tél. 04 66 03 23 40 - fax. 04 66 03 23 41- Site
: www.natureetprogres.org
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[1] France Nature Environnement, CRII-GEN, Confédération paysanne, FRANE,
Champs libres et Nature & Progrès
[2] En 2000, une étude de l'Afssa révélait que 41 % du maïs français était
contaminé par des transgènes
[3] Note d'information n° 2004-113 en date du 16 août 2004
[4] bulletin n'24 d'INFO'GM d'octobre 2001
[5] Déclaration de Mme Sophie Villiers, représentant la Direction Générale
de l'Alimentation au Ministère de l'Agriculture lors de la table ronde
organisée par la Mission d'Information Parlementaire sur les enjeux des
essais et l'utilisation des O.G.M, le 2 février 2005 à l'Assemblée
Nationale.
[6] Déclaration de Mr Gay, représentant de Syngenta le 2 février 2005, lors
de la table ronde organisée par la Mission d'Information Parlementaire sur
les enjeux des essais et l'utilisation des O.G.M, : « zéro (risque de
contamination), c'est zéro. Autrement dit c'est l'interdiction de toute
expérimentation. C'est extrêmement grave. Une contamination fortuite est par
définition. fortuite, donc incompatible avec le risque zéro »