Jane dans son Journal s'inquiétait du Temps qui passe et surtout de la façon dont chacun en appréciait la vitesse et son ressenti (comme on
dit aujourd'hui), et cela selon que l'on soit placé au début ou vers la fin de notre randonnée terrestre...
En autres mots, quand on est jeune, le Temps n'a pas la même présence rétrospectivement sur nos vies, le même poids ni la même intensité que celui de notre passé plus récent.
J'ai toujours été frappé de la longueur et de la richesse des mes jeunes années d'adolescence, bâtissant en moi et autour de moi tout un épais tissu romanesque presque, m'inventant alors ma propre histoire, si riche, mais en si peu d'années comparées aux postérieures, fort nombreuses autant que sans influence réelle sur mon existence.
Comme je pense essentiellement en images, j'ai deviné des perles de rosée (?) , des bulles d'air collées près à près, un collier d'ADN d'un genre nouveau, pas explicité, puis des grains de raisin dorés...
De ces grains que l'on picore avidement, un à un, autant pour la soif que pour le plaisir. Ainsi j'ai pensé le Temps en grains, en bulles de sucs, de saveurs différentes même, qu'importe, mais qu'en enfant avide on avale toutes à la suite sans en négliger aucune. Les moins mûres, les amères autant que les sûries, les sales ou celles sur lesquelles la punaise verte a passé...
Ainsi notre vie se compose sans perdre une seconde.
Puis vient le Temps où l'on saute une baie de temps à autre...
Par négligence ou suffisance, car on ose bien vite se prendre pour quelqu'un quand on dépasse les 17 ans...
Ce qui est vrai assurément, vu qu'après rien ne viendra changer sur le fond le cours des choses, mais ce qui nous a été formateur deviendra aussi notre perte, inexorablement.
Notre curiosité est déjà atteinte et insensiblement nous laissons passer des grains, les jugant inintéressants, insignifiants car déjà goûtés, déjà mesurés, capable de nous freiner dans notre période d'intense activité, en gros la trentaine, une saison qui passera bien vite...
La diversité des saveurs ne nous captive plus, nous n'acceptons plus la loi des hasards, nous recherchons l'uniformité des
sensations, uniquement celles que nous savons nous procurer un plaisir choisi d'avance...
On recherche les gros grains en négligeant les petits qui pourtant ont gardé toute leur place et c'est cette place là que notre mémoire comprime et qui commence à présenter à notre esprit, à postériori, cette sensation d'accélération de la vitesse de notre horloge personnelle.
Nous entrons alors dans une autre temporalité fatale: celle du rejet des choses, de certaines choses, même les plus agréables, parce qu'autour d'elles flottent des rancœurs et des déceptions, ou des ennuis. Tout ce dont le parfum aura été très fort, trop fort peut-être, nous ne voulons plus y goûter, nous ne voulons plus y pleurer de bonheur, de savoir le peu de temps que cela dure... Nous sachant aussi trop vieux pour eux, trop usés ou dépassés.
Cela sans omettre de sauter, d'éviter les plus nombreuses: les moins sensitives, les plus fades, les plus banales; tout comme les tristes, les communes, les sans intérêt, les glauques qui font la vie de tous les jours, l'ennui des jeunes gens et le désespoir des débutants de l'existence.
Alors de plus en plus nous évitons de mordre dans les graines gonflées, nous contentons le plus souvent de peu, du minimum, sautons des
repas, des épisodes, négligeons les nôtres et les laissons défiler sans leur réserver le moindre intérêt.
Voilà pourquoi à ce moment dit de l'Expérience, notre Temps nous semble allez plus vite, beaucoup plus vite, éxagérément vite: nous n'en retenons même plus l'essentiel.
Et pourtant il existe !!!
Grappe de raisin ou long chapelet de perles, qu'importe l'image, les faits sont là ! C'est aussi comme une portée de musique où les notes entendues disparaitraient pendant que l'orchestre continue à jouer...
Notre mémoire n'est pas à mettre en cause, c'est ce dont nous l'abreuvons qui lui donne consistance et nous fait le plein de temps...
Dans mes jeunes années, les vendanges me permettaient d'approcher les grappes d'or de très près, de les soupeser et d'y picorer (je n'ai jamais supporté les lourds qui mordaient dedans à pleine dents comme des barbares sans âme!) pour mon seul Plaisir.
Aukazou 22/04/2012
flagdel 26/04/2012
Aukazou 27/04/2012
Aukazou 28/04/2012
Aukazou 29/04/2012