Ah si je pouvais vous envoyer le parfum de la fleur de ce Magnolia Grandiflora...vous n'en reviendriez pas...
Ou plutôt si, vous y retourneriez sans cesse !
Mais vous seriez déçus, car il n'existe rien d'aussi délicat, éthéré, énivrant et aussi désolément fugace...
Le soir à peine atteint, il n'en reste plus rien...
Comme le souvenir du rêve de l'enfance qu'un seul poème fort bien écrit évoque:
NANINA-NINNI...
Elle et moi, coquette apeurée et sot banal,
Marchons ensemble en un silence machinal.
La peau de nos deux corps est devenue élastique:
Tremble, crisse et ricane! Or le pavé mastique
Les malformations de nos squelettes amoureux!
Habillés de vêtements collants mais très dangereux
Par leur légèreté, nous visitons la ville
Située en Espagne mais ouverte, tranquille
A l’Europe en fureur et à ses trains bondés!
Des linges pendent au nez des châssis soudés
Aux cohortes de maisons de pierres claires,
Baignent les lessives sur les boulevards qu’éclaire
La langueur du soleil sur le velours de seins noirs
Gorgés du lait brûlant de la peur du grand Soir...
Quant à nous deux, châtrés, mais semblant aimer vivre
Pourtant, plongeons dans les étals que les piquets de cuivre
Ont dressé dans les escaliers... Quelle bonne intention!
Volent les lots de cravates colorées, les formations
Ordonnées de pinces à linge, nous osons nous y reprendre
A deux fois, nous rouler dans les tissus, quittes à méprendre
Toute pudeur et toute envie de nos corps séparés!
Si tu cours comme un folle devant moi, évitant les tarés,
C’est à cause sûrement de cette envie coupable
Que j’ai, de vouloir embrasser tout ton palpable!
En un seul jour nous avons grimpé sur les maisons s’écroulant,
Contemplé tous les jardins vert de prune allant coulant
Sur les murs...Etouffant sous leurs feuilles la peuplade...
Stoppons donc ici nos efforts! Cela me rend malade!
Maintenant que la nuit tombe et que notre ciel s’enrougit,
Que côte à côte nous marchons, tandis que mugit
Derrière nous la vieille ville, qu’enfin elle se réveille,
Que nous importe alors leurs jeux! Puisque la colline veille
De par son bitume brûlant faisant avenue
A nous cacher, hauts et consacrés, de la vallée inconnue...
28 JANVIER 1966
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